Le grand Rajah Cokorda Soukawati attend avec
impatience le conte que doit lui remettre, comme chaque année le premier
jour de la saison des pluie, le poète et sage Sastrawane Mandia, un
conte qu'il espère aussi extraordinaire que les précédents.
Mais c'est un livre vraiment insolite que lui remet,
un peu inquiet, le vieil homme, car derrière la belle couverture faite de
feuilles d'acacia et de plumes bleues, il n' y a que des pages blanches.
Le premier mouvement du grand Rajah est la colère,
devant autant d'impudence.
Mais Sastrawane Mandia lui demande d'écouter d'abord
l'histoire de ce livre étrange. Et il lui narre alors l'histoire de ce conteur,
qui il y a très très longtemps, écrivait des histoires pour le Rajah
Cokorda Souryawane...
Le messager du clair de lune est
un petit bijou finement ciselé, très poétique. Jean-Marie Robillard avait
depuis longtemps en tête l'idée d'un arbre aux feuilles magiques, et c'est à
l'occasion d'un voyage à Bali, raconte-t-il sur le blog de l'éditeur "Le
buveur d'encre"
(http://www.lebuveurdencre.fr/blog/?p=1498) qu'il lui
est apparu comme une évidence que l'histoire devait se situer là.
Les illustrations chatoyantes, avec une profusion de
détails, ont été réalisées avec une minutie extrême par Marie Desbons, une
jeune illustratrice talentueuse (Ôtsuki Sama vous invite à découvrir son
travail sur son blog, http://mariedesbons.canalblog.com/).
Les dessins sont faits à la main, avec gouache,
crayons de couleurs et collages de papiers.
Le thème du conte est la puissance de l'imagination:
un magnifique oiseau dont la queue déployée forme un éventail dépose
délicatement, dans un petit trou, une petite pierre bleutée. De cette pierre
est née un arbre immense, plus grand que tous les autres, un arbre, nous dit
l'auteur, "couleur de lune". Ses feuilles sont des pages blanches,
sur lesquelles des animaux viennent déposer de simples et délicats
trésors: l'écureuil la saveur des
noix de cajou, la libellule les perles de lumière de la rosée du matin, l'abeille
le parfum des fleurs de jenpirine ou la tourterelle le chant des femmes. Grâce
à ces feuilles, le conteur Sastrawane Indra rédigea les plus merveilleuses
histoires que l'on puisse imaginer.
Lorsque le vieux poète se tait, le grand Rajah Cokorda
Soukawati comprend que ce livre offert par Sastrawane Mandia est le dernier, un
livre qui contient toutes les histoires
pour peu que l'on sache fermer les yeux et écouter.
Nathalie Kissel



































